3. UN ELEVAGE MODIFIE.
Il n'y a encore pas si longtemps de cela,
l'éleveur visait plus la
quantité que la
qualité. Les bêtes étaient
sélectionnées essentiellement sur leur
aptitude à la marche et étaient
conservées le plus longtemps possible.
L'éleveur misait surtout sur la vente de la laine et
accessoirement des agneaux. L'essentiel était que les
bêtes tiennent sur leur pattes pour faire une bonne
transhumance. Un dicton affirmait: si une pie se pose
sur son dos et que la bête ne s'applatit pas sous le
poids tout va bien. L'élevage craven,
de même que celui de Camargue, connut ainsi un
véritable âge d'or au 19ème
siècle, dans les années
précédant la chute des cours de la laine. La
crise lainière survint sous l'effet conjugué
de l'exode rural et du traité de commerce
franco-britannique de 1860 qui autorisait l'introduction des
laines issues de l'empire colonial britannique sur le
marché français. La France produisait alors
à peine le quart de la laine nécessaire pour
son industrie. Les laines étrangères,
particulièrement celles en provenance d'Australie et
de Nouvelle-Zelande, établirent une concurrence
insoutenable. De plus, parallèlement à cela
s'est développée la production de fibres
synthétiques industrielles. La débacle des
cours qui s'en suivit fit que la race du
Mérinos perdit 70% de son effectif en France,
de nombreux éleveurs supprimant leur troupeaux de
montons à laine sans les remplacer par des montons
à viande. Désormais l'éleveur de Crau
est obligé de s'adapter s'il veut survivre. Ainsi, la
structure des troupeaux fut amené à se
modifier. Les montons bêtes à laine
disparurent et la quasi totalité du cheptel
se composa alors de bêtes élevées
pour la viande. Cela demanda une meilleure
alimentation des animaux, ce qui augmenta les coûts de
production. Comme nous l'avons vu, l'amélioration des
conditions d'alimentation fut permise par l'expansion des
prairies irriguées ainsi que par l'implantation de
diverses céréales et plantes
fourragères consommées en vert ou à
l'état de grain. De plus, la nécessité
d'augmenter la productivité des troupeaux justifiait
part ailleurs la constitution de troupes moins grandes
permettant des soins plus intenses aux mères et aux
agneaux. Ainsi, le format et la conformation de la
race Mérinos furent améliorés
notamment par le croisement avec des béliers de la
race Châtillonais réalisé à
partir de 1921.