2. LA
TRANSHUMANCE.
Transhumance provient du latin trans et humus,
"au dela des terres". C'est une forme de vie
pastorale étroitement associée aux
régions à climat méditerranéen.
Elle permet de remédier à la sécheresse
qui sévit l'été et jaunit les maigres
patûrages des plaines. De plus, cela permet à
l'éleveur de pouvoir travailler ses terres de Crau
humide afin d'effectuer sa deuxième coupe de foin de
Crau. Les troupeaux gagnent alors les montagnes les plus
proches où l'herbe renaît après la fonte
des neiges. Le berger se déplace ainsi
périodiquement afin de suivre ce cycle naturel qui
lui permet de nourrir ses bêtes. De telles migrations
pastorales reliant des zones séches et des zones
d'altitudes se sont effectuées très tôt
sur tout le pourtour du bassin méditerranéen,
dans les Pyrénées, la Corse, les Apennins, les
montagnes sardes, siciliennes, dans l'Atlas et les hauts
plateaux marocains ou algériens.
La transhumance ovine des basses régions
méditerranéennes est une
nécéssité et non une occasion
pour l'éleveur de soulager sa charge de travail ou de
permettre à son bétail de changer d'air. Le
fait de faire transhumer les brebis permet à ces
dernières de passer un été dans un lieu
où la chaleur est plus supportable.
Deuxièmement, elle permet à l'éleveur
de s'occuper pleinement de ses prairies afin
de faire sa deuxième récolte fourragère
de l'année, dont une partie servira à nourrir
son troupeau lors de la descente de montagne. En fait la
transhumance est indispensable pour la conduite du
troupeau. De plus, il ne faut pas oublier que faire
manger les alpages par les brebis permet d'entretenir
les montagnes. Sans cela, le ski ne pourrait pas
être possible et les avalanches beaucoup plus
fréquentes. Ce problème d'entretien se fait de
nos jours ressentir dans nos Alpilles. Le fait d'interdire
à nos bêtes de manger les Alpilles augmente les
causes d'incendies forestiers. Or les brebis permettent de
réaliser de véritables coupe feu
limitant ainsi les risques d'incendies. On peut dire
que par son pâturage, elle lutte contre
l'embroussaillement et contribue à la
prévention des incendies, jouant ainsi un rôle
important dans l'équilibre de l'environnement.
La grande transhumance provençale fait partie du
patrimoine provençal. Historiquement elle a
tracé son propre réseau routier, les
drailles, qui conduisaient de la Crau aux alpages.
Ces voies de transhumances furent les premières voies
de communication entre les plaines de basse Provence et les
montagnes alpines. Cette transhumance qui dans un premier
temps s'effectuait
à
pied, s'est ensuite faite par le biais des
voies ferrées, pour aujourd'hui se
faire par la route à l'aide de
bétaillères.
Pour les éleveurs de Crau la montagne demeure un
pronlongement logique et indispensable de leur cycle de
patûrage. La transhumance est un
phénomène économique et social
considérable. La grande région du sud-est de
la France est en effet le théatre de la plus grande
transhumance interdépartementale de l'Europe
occidentale touchant plus de 600 000 têtes et l'hiver
près de 100 000 animaux.
C'est entre le 15 et 20 juin que part la première
bétaillère en direction de l'Isère,
vers le cap Chantelouve. Au cours des 5 heures de route,
sécurité oblige, nous vérifions notre
chargement minimun deux fois. Arrivées à
Chantelouve, les brebis sont débarquées et
attendront les deux prochains chargements dans les
pâturages situés au pied de la montagne, avant
de monter à la première cabane située
à une altitude de 1400 m environ. Durant ces 3 jours
d'attente, les brebis sont parquées et les
commissions sont effectuées afin que le berger
Sébastien Boukhalfa ainsi que chiens,
cheval et brebis ne manquent de rien. Enfin, lorsque le
troisième chargement arrive, on amontagne en
direction de la première cabane. En ce qui concerne
les commissions, elles seront pour une grande partie (sacs
de croquettes, sel....) héliportées. Pour le
reste c'est Bijou, le compagnon équestre de
Sébastien, qui monte tout sur son dos. Grâce
à ce cheval, le berger peut, lorsqu'il a
épuisé ses réserves en nourriture,
redescendre au village, faire ses courses, charger bijou et
remonter à la cabane.
Au bout de 3 heures de marche, la première cabane
est en vue. Si une fois arrivées les brebis se
reposent de leur effort, ce n'est pas le cas du berger car
ce dernier doit préparer sa cabane: installation du
panneau solaire, mise en place de l'eau, ménage,...
La montagne est divisée en 4 quartiers:
- Le premier quartier, la cabane verte, est
mangé par les brebis jusqu'au 14 juillet.
- Le deuxième quartier , est occupé par les
brebis jusqu'au 1er septembre.
- Le troisième quartier, la cabane du vallon
(du lac), reçoit les brebis jusqu'à la
fin septembre. Par la suite, le berger redescend les brebis
au quartier de printemps.
Le berger doit constamment garder un oeil sur son
troupeau, quel que soit le lieu où se situent ses
brebis, afin de voir s'il doit
venir en aide (pattes
cassées, piétin, boutons...) ou pas à
certaines de ses bêtes. Cette attention que doit
porter le berger à son troupeau est aujourd'hui
capitale à cause de l'arrivée du loup dans nos
montagnes. En ce qui concerne la nourriture, le berger doit
tous les jours charger son cheval (il peut porter
jusqu'à 150 voire 200 kg) de sacs de sel afin de
parsemer ce dernier sur des pierres de la montagne. Ainsi
les brebis, très friantes de sel, viennent
lécher ces pierres salées. Une
brebis mange environ 1 kg de sel par été. Donc
1200 kg de sel sont montés chaque année et
stockés dans les cabanes.
Les premiers à descendre de montagne sont les
béliers. Ils restent environ 1 mois et demi.
Placés avec les femelles avant le départ en
transhumance (vers le 10 mai), on retourne les chercher en
montagne vers la fin juillet ceci afin qu'ils
n'inséminent plus de brebis. Si s'était le
cas, nous aurions des naissances en période hivernale
et de ce fait beaucoup de pertes.
Les brebis, elles, descendent de montagne vers le
début octobre. Entre temps, un recensement des
bêtes est effectué à l'aide
d'une technique ancestrale, le TAI - TAILLA, afin de
voir s'il n'en manque pas. Pour cela on aménage une
sortie étroite au parc. Les bêtes y passent
l'une après l'autre devant le berger. Celui-ci compte
en les touchant chacune d'une main. Lorsqu'il arrive
à 50 têtes, il crie "tai" et
recommence à compter à partir de un. Imbert
René répond alors "tailla" et
fait une encoche au couteau sur un bâton. Il suffit
ensuite de compter les entailles, puis d'ajouter le dernier
comptage inférieur à 50 pour connaître
le nombre de bêtes du troupeau. Une fois descendues,
nos bêtes retrouvent une nouvelle fois les herbes
situées au pied de la montagne où elles sont
de nouceau parquées afin d'attendre le camion qui va
les ramener en Provence paître les herbes de Crau.